Encadrez un paramètre par un intervalle de confiance
« La masse moyenne des paquets est estimée à 250,3 g. » Cette phrase est incomplète : 250,3 g à 0,01 g près, ou à 5 g près ? Une estimation ponctuelle sans indication de précision ne permet aucune décision.
L’intervalle de confiance répond à ce manque : au lieu d’un nombre, on donne une fourchette, construite pour contenir le vrai paramètre avec une probabilité choisie à l’avance. Pour le construire, il faut connaître la loi de quelques statistiques clés, et donc trois lois nées de la loi normale. Notre fil rouge : une torréfaction qui remplit des paquets de café de 250 g.
Le fil rouge : les paquets de café
Section intitulée « Le fil rouge : les paquets de café »Le responsable qualité pèse 10 paquets pris au hasard en sortie de chaîne (en grammes) :
| 251,3 | 248,7 | 250,9 | 252,4 | 249,5 | 250,2 | 247,8 | 251,7 | 250,6 | 249,9 |
|---|
On trouve g, une somme des carrés des écarts de 17,44 et donc , soit g. On suppose que la masse d’un paquet suit une loi normale , de paramètres inconnus. Que peut-on dire de et de ?
Trois lois nées de la loi normale
Section intitulée « Trois lois nées de la loi normale »La loi du chi-deux
Section intitulée « La loi du chi-deux »Si sont indépendantes de loi , la somme de leurs carrés suit la loi du chi-deux à degrés de liberté :
C’est une loi positive, d’espérance et de variance , dissymétrique (étalée à droite) pour les petits .
Pourquoi cette somme a-t-elle une loi aussi simple ? La démonstration, faite en cours, tient en trois étapes, qui passent par les lois gamma de densité sur .
- Un seul carré. Si et , alors pour , . En dérivant (ou par le changement de variable dans l’intégrale), la densité de vaut : c’est la loi , autrement dit .
- Somme de deux gammas. Si et sont indépendantes, alors . On le montre par le produit de convolution, avec le changement de variable qui fait apparaître l’intégrale bêta .
- Récurrence. En ajoutant les carrés un à un, , qui est par définition la loi .
Les lois de Student et de Fisher
Section intitulée « Les lois de Student et de Fisher »Si et sont indépendantes, alors
suit la loi de Student à degrés de liberté. Elle est symétrique, en cloche, avec des queues plus épaisses que la normale ; quand grandit, elle se rapproche de .
Si et sont indépendantes, alors
suit la loi de Fisher à degrés de liberté. Deux relations utiles : , et le carré d’une Student suit une .
Le théorème de Fisher
Section intitulée « Le théorème de Fisher »Ce théorème relie tout cela à nos paquets. Si sont i.i.d. de loi , alors :
- et sont indépendantes ;
- ;
- .
La troisième ligne est la clé : en remplaçant l’écart-type inconnu par son estimation , la loi normale devient une loi de Student. Les degrés de liberté rappellent qu’on a estimé la moyenne.
Construire un intervalle de confiance
Section intitulée « Construire un intervalle de confiance »Un intervalle de confiance (IC) de niveau pour est un intervalle , dont les bornes sont des statistiques (donc aléatoires), tel que
Le niveau usuel est 95 % (). La recette est toujours la même : trouver une fonction pivot, c’est-à-dire une expression qui dépend des données et de , mais dont la loi est entièrement connue ; l’encadrer entre deux quantiles ; puis isoler .
On note , , et les quantiles d’ordre des lois , , et (la valeur qui laisse une probabilité à sa gauche).
Pour la moyenne, variance inconnue
Section intitulée « Pour la moyenne, variance inconnue »Le pivot est . Par symétrie,
et en isolant :
La quantité s’appelle l’erreur-type (standard error) de la moyenne.
Si était connu, on utiliserait le pivot normal et le quantile à la place de . Et si la loi n’est pas normale mais est grand (disons au moins 30), le TCL justifie l’intervalle approché .
Pour la variance
Section intitulée « Pour la variance »Le pivot est . La loi n’étant pas symétrique, on prend deux quantiles différents :
Attention à l’inversion : le grand quantile donne la borne inférieure.
Pour une proportion
Section intitulée « Pour une proportion »Dans une enquête auprès de 400 étudiants rennais, 136 déclarent venir à vélo : . Pour grand, le TCL donne . En remplaçant par sous la racine, on obtient l’intervalle approché
Ici, la demi-largeur vaut : entre 29,4 % et 38,6 % des étudiants viennent à vélo.
Combien faut-il interroger de personnes pour une précision donnée ? Comme , il suffit que , soit . Pour points, ; pour points, . Diviser l’erreur par deux coûte quatre fois plus de données.
cafe <- c(251.3, 248.7, 250.9, 252.4, 249.5, 250.2, 247.8, 251.7, 250.6, 249.9)t.test(cafe)$conf.int # IC à 95 % sur la moyennen <- length(cafe); s2 <- var(cafe)(n - 1) * s2 / qchisq(c(0.975, 0.025), df = n - 1) # IC sur la varianceprop.test(136, 400, correct = FALSE)$conf.int # IC sur une proportion (variante de Wilson)import numpy as npfrom scipy import stats
cafe = np.array([251.3, 248.7, 250.9, 252.4, 249.5, 250.2, 247.8, 251.7, 250.6, 249.9])n, m, s = len(cafe), cafe.mean(), cafe.std(ddof=1)print(stats.t.interval(0.95, df=n - 1, loc=m, scale=s / np.sqrt(n))) # (249.30, 251.30)print((n - 1) * s**2 / stats.chi2.ppf([0.975, 0.025], df=n - 1)) # (0.92, 6.46)Bien interpréter un intervalle de confiance
Section intitulée « Bien interpréter un intervalle de confiance »Une fois calculé, est un intervalle fixe, et est un nombre fixe : soit est dedans, soit il n’y est pas. Il n’y a plus rien d’aléatoire. Le « 95 % » porte sur la procédure : si l’on répétait l’échantillonnage un grand nombre de fois, 95 % des intervalles ainsi construits contiendraient .
Une simulation le vérifie : en tirant 20 000 échantillons de 10 paquets d’une loi normale de moyenne 250, l’intervalle de Student contient 250 dans 94,8 % des cas.
La largeur de l’intervalle dépend de trois choses :
- le niveau : plus on veut être sûr, plus l’intervalle est large ;
- la dispersion des données ;
- la taille : la largeur décroît en .
En résumé
Section intitulée « En résumé »- est la loi d’une somme de carrés de normales centrées réduites indépendantes (c’est une loi gamma ) ; Student et Fisher en dérivent.
- Théorème de Fisher (échantillon gaussien) : et indépendantes, , .
- Un IC se construit à partir d’une fonction pivot de loi connue, encadrée par deux quantiles.
- Moyenne : ; variance : quantiles du chi-deux, inversés ; proportion : .
- Le niveau de confiance est une propriété de la méthode, pas de l’intervalle calculé ; la largeur décroît en .
Exercices
Section intitulée « Exercices »Exercice · Lire une sortie et recalculer un intervalle
facileSur 25 trajets domicile-école, un étudiant mesure une durée moyenne de 23,4 minutes, avec un écart-type corrigé de 4,5 minutes. On admet la normalité. Donnez un IC à 95 % de la durée moyenne ().
Voir la solution
L’erreur-type vaut minute. La demi-largeur vaut minute. D’où
En code
import numpy as npfrom scipy import stats
n, moyenne, s = 25, 23.4, 4.5erreur_type = s / np.sqrt(n) # 0.9t = stats.t.ppf(0.975, df=n - 1) # 2.064print(moyenne - t * erreur_type, moyenne + t * erreur_type) # 21.54 25.26n <- 25; moyenne <- 23.4; s <- 4.5erreur_type <- s / sqrt(n) # 0.9t <- qt(0.975, df = n - 1) # 2.064moyenne + c(-1, 1) * t * erreur_type # 21.54 25.26Exercice · Taille d'échantillon d'un sondage
moyenUn institut veut estimer à points près (niveau 95 %) la part de Rennais favorables à une nouvelle ligne de tramway.
- Combien de personnes interroger, sans information préalable ?
- Et si une étude précédente indique une proportion proche de 10 % ?
Voir la solution
- Sans information, on se place dans le pire cas : , donc 1 537 personnes.
- Avec : , donc environ 554 personnes. Une proportion éloignée de 50 % est plus facile à estimer avec une précision absolue donnée.
En code
import numpy as npfrom scipy import stats
z = stats.norm.ppf(0.975) # 1.96e = 0.025 # précision voulue : 2,5 points
def taille(p): # plus petit n tel que z*sqrt(p(1-p)/n) <= e return z**2 * p * (1 - p) / e**2
print(taille(0.5), int(np.ceil(taille(0.5)))) # 1536.6 1537 (pire cas)print(taille(0.1), int(np.ceil(taille(0.1)))) # 553.2 554z <- qnorm(0.975) # 1.96e <- 0.025 # précision voulue : 2,5 pointstaille <- function(p) z^2 * p * (1 - p) / e^2 # plus petit n tel que z*sqrt(p(1-p)/n) <= e
taille(0.5); ceiling(taille(0.5)) # 1536.6 1537 (pire cas)taille(0.1); ceiling(taille(0.1)) # 553.2 554Exercice · Démontrer une relation entre lois
difficileMontrez que si , alors . Déduisez-en le lien entre et .
Voir la solution
Par définition, avec et indépendantes. Donc . Or (première étape de la preuve du chi-deux), et reste indépendante de . C’est exactement la définition de .
Par symétrie de la loi de Student, . Avec , cette probabilité vaut . Donc . Par exemple, . Ce lien reviendra en régression : le test de Student sur une pente et le test de Fisher global coïncident en régression simple.
En code
import numpy as npfrom scipy import stats
k = 9print(stats.t.ppf(0.975, k)**2, stats.f.ppf(0.95, 1, k)) # 5.117 5.117
# Simulation : T = Z / sqrt(Y / k), puis on compare T^2 à la loi F(1, k)rng = np.random.default_rng(0)Z = rng.standard_normal(100_000)Y = rng.chisquare(k, 100_000)T2 = (Z / np.sqrt(Y / k))**2print(np.quantile(T2, [0.5, 0.9, 0.95])) # 0.49 3.37 5.13 (simulés)print(stats.f.ppf([0.5, 0.9, 0.95], 1, k)) # 0.49 3.36 5.12 (loi F(1, 9))k <- 9qt(0.975, k)^2; qf(0.95, 1, k) # 5.117 5.117
# Simulation : T = Z / sqrt(Y / k), puis on compare T^2 à la loi F(1, k)set.seed(0)Z <- rnorm(100000)Y <- rchisq(100000, df = k)T2 <- (Z / sqrt(Y / k))^2quantile(T2, c(0.5, 0.9, 0.95)) # 0.50 3.40 5.13 (simulés)qf(c(0.5, 0.9, 0.95), 1, k) # 0.49 3.36 5.12 (loi F(1, 9))